Mercredi 25 octobre 2006 3 25 /10 /2006 16:46
J’aime l’idée qu’un jour je le dirai comme une évidence, le répéterai pour en sentir le doux effroi : j’aime,

J’aime ce vin italien qui pétille, qui met des bulles dans la tête et qui me fait rire trop fort,

J’aime la sérénité dans le regard du vieux chat qui passe ses journées à contempler le monde depuis son muret,

J’aime parfois être triste,

J’aime quand j’aperçois mon reflet dans une vitrine ou un miroir de rue et constater à quel point mon regard pue le sexe,

J’aime me tenir sur un rocher vers le fort St Jean et inspirer la mer. Offrir une larme parfois, juste pour lui faire l’hommage d’un peu d’eau salée,

J’aime relever le menton, toujours, et me rappeler le Serment. Cette intime conscience et l’incommensurable orgueil d’avoir fait le choix d’Achille,

J’aime l’ami qui, quand je chouine, offre la grâce d’une leçon plutôt que la facilité d’une caresse,

J’aime les mots crus qui me cassent la tête pendant l’amour. Ainsi pourra t’on sans faute de goût me cracher que l’on a envie de me baiser ma petite gueule de blond lorsqu’on sollicite un exercice bucco-génital. Mais attention, c’est là une exigence hautement périlleuse… les maladroits que j’ai éclaté contre un mur s’en souviennent. L’orgasme mental, ça ne s’improvise pas… quoi que…

J’aime monter seul en cachette au cimetière où repose ma grand-mère. En nettoyant la tombe, me souvenir de l’odeur de son eau de Cologne et de ses cheveux violets quand elle revenait de chez le coiffeur. Mémé-punk qui m’appelait "mon drole " dans la chaleur de son tablier, la seule personne qui m’ait montré qu’aimer c’est comme prier, ça vous laisse à genoux mais rempli,

J’aime voir les sportifs passer, courant, pédalant, suant, souffrant. J’allume alors un clope et je me marre. J’aime les cons qui reposent,

J’aime garder le goût de l’homme au fond de la gorge, et puis boire un alcool fort par-dessus,

J’aime mes crises de violence, de colère, de rage. Je m’y sens vivant et follement con,

J’aime que l’on me dise « je t’aime » : c’est pas vrai mais on s’en fout, je suis toujours très bon public et j’adore les films d’amour,

J’aime l’odeur du printemps, ce premier jour ou tu t’enrhume parce que tu as enfin donné ton torse au soleil,

J’aime le moment où je m’endors, où je m’installe dans le sommeil comme on choisi sa place au cinema,

J’aime les garçons qui sourient rarement et qui d’un coup te mettent la tête à l’envers en le faisant juste pour toi,

J’aime avoir toujours un carnet dans la poche et y noter des trucs débiles qui ne font rire que moi,

J’aime le verbe aimer, il me fait penser au verbe respirer. D’ailleurs ne dit-on pas « Il ment comme il respire » ?

J’aime passer des heures à imaginer le Prince Charmant, et puis manger du Nutella et avoir envie de vomir,

J’aime la vie. Cette salope de vieille putasse de rue sordide qui ne donne rien sans rien.

J’aime les films d’Almodovar, le tango, être ivre, rire comme un idiot d’un rire au son improbable, les sourires dans la rue, l’odeur des arrières cours quand on a faim, croiser un dieu grec et le suivre pour mater son joli cul, les cafés en terrasse, nager nu, me caresser avant de dormir et imaginer que c’est toi, le chat qui vient sur mes genoux et qui fait sa toilette comme si le monde finissait et que rien d’autre n’était important. J'aime être pédé et cette douloureuse accuité de se savoir vraiment vivant.

J’aime aimer.
Par Alixx - Publié dans : Nombriloscopies
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